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L’heure est au déboulonnage des statues et à la destitution des grandes figures qui ont marqué l’histoire. Habités par le « mémorialement correct », les entrepreneurs de morale révisent, condamnent, dépatrimonialisent l’histoire.Le Corbusier n’a pas échappé à la mode de ce populisme de la mémoire hypermédiatisé qui s’affranchit du lent travail des historiens. À l’occasion du 50e anniversaire de sa mort en 2015, un tir groupé d’ouvrages ont transformé l’architecte le plus connu au monde en « fasciste », « collaborateur » de Vichy, voire « nazi ». Une limite civilisationnelle a été franchie : celle qui sépare l’opinion de la connaissance, le dénigrement de la critique, le jugement de l’analyse.Cette campagne s’inscrit dans une longue tradition de haine qui a poursuivi Le Corbusier, comme le remarquait André Malraux dans l’oraison funèbre à son « vieux maître », le 3 septembre 1965 : « Aucun n’a été si longtemps, si patiemment insulté. La gloire trouve dans l’outrage son suprême éclat, et cette gloire-là s’adresse à une œuvre plus qu’à une personne, qui s’y prêtait peu. »Face au danger de la « dé-con-naissance », en tant qu’historien des idées spécialiste de la France sous Vichy attaché à un certain ethos, l'auteur cherche non pas à « défendre » Le Corbusier, mais à reconstituer les logiques d’une campagne de dénigrement, à dévoiler les biais cognitifs et méthodologiques qui traversent le discours des détracteurs, à identifier les déficits de connaissance et les manipulations qui témoignent d’une volonté de nuire plutôt que de savoir.
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