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Quand une traduction devient l'original, le texte d'origine s'éloigne inexorablement. Les tentatives, surtout au dix-neuvième siècle, de revenir à l'hébreu en particulier et aux racines sémitiques en général, évidemment chez les Allemands, mais aussi chez les traducteurs français (Samuel Cahen, Lazare Wogue) furent un établissement du texte (avec toutes les limites et tous les arbitraires de la science), mais ne furent pas un événement de cette habitation, parce que la dette qu'elles payaient à leur époque les coupait de la sève qui, tant bien que mal, se frayait ses voies dans le judaïsme de l'Est. Ah, ce dix-neuvième siècle ! Que de bilans sur toutes choses, architecture, archéologie, philologie, « poèmes barbares » - que d'historicisme, que de funérailles ! Pour restituer le souffle propre de la Bible, le recueil poursuit l'ambition non seulement d'isoler ce qui appartient en propre au poétique, dans l'écriture de la Torah, mais de faire entendre, aux lecteurs de langue française, que la relation à ce texte, médiée par les traductions latines (Vulgate) puis grecque (Septante) ont initialement amorti l'effet, « l'impact » de ces textes qui demeurent largement inconnus aux lecteurs de langue française, d'autant plus que la désaffection religieuse les relègue encore plus loin dans l'ignorance - or ces textes sont d'une immense beauté, mais aussi d'une portée et d'une actualité stupéfiantes. C'est pourquoi, pour accompagner une relation ravivée entre la langue française et ces textes, Pascal Bacqué recourt à plusieurs couches de texte, qu'il enchaîne jusqu'à la traduction et même son dépassement : la « transcription » propose une version en langue française au plus près de la lettre hébraïque, la « transition » opère et synthétise, à fil de lecture des grands commentaires bibliques (Rachi, Nahmanide, Sforno, etc.) une interprétation de ces énoncés si riches et énigmatiques, puis la traduction offre, dans une forme poétique, une véritable redécouverte par la langue des poèmes de la Torah ; enfin, une « extrapolation » ramène la langue française sur son propre territoire, en lui offrant des analogies nourries au point d'impact de ces dires météoriques sur ses propres traditions culturelles et rhétoriques.
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