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La seule définition cohérente de l'Humain tient dans la formule : "Les Humains sont les seuls animaux qui parlent".
Cela ne les empêche pas de descendre d'un buissonnement paléoanthropologique "d'homininés", mais il faut bien y situer clairement ceux qui ont créé notre histoire commune par un trait commun spécifique : c'est bien la parole, distincte des langues et du langage qu'elle utilise. Car la parole est un acte constitué par la reconnaissance mutuelle entre interlocuteurs et pas seulement une action, et encore moins "une chose".
Or parler ne va pas de soi, et sa difficulté n'est pas seulement d'être apprise : comme acte imputé par chacun à chacun (car les masses et les foules ne parlent pas en tant que telles mais toujours par l'entremise des personnes),la parole nous singularise, nous engage au delà d'un savoir acquis, nous oblige à la liberté, nous rend à la fois solitaires (mais pas isolés) et responsables envers nos proches (ceux à qui nous parlons, et donc, "fréquentons".). . Elle est notre signature (verbale ou autre), ce qui nous affecte, nous désoriente,nous angoisse. Nous nous en tirons le plus souvent, mais jamais sans séquelles ou cicatrices que l'on a pu nommer "névroses" ou même "psychoses".
Or celles-ci ne restent pas enfouies dans notre for intérieur : elles peuvent circuler entre nous, témoignant de nos peurs, et surtout de celle de "l'obligation d'être libres" qui valide nos paroles. Elles peuvent aussi s'accumuler dans les sociétés sous forme d'idéologies, de passions collectives, de tendances sociales privilégiées. Enfin, leurs collusions et leurs amalgames tendent,sur le long terme, à entraîner les sociétés vers des blocages profonds et irréversibles de la parole, pour lui substituer des enchaînements d'ordres de moins en moins vivants et de plus en plus mécaniques.Ils menacent de plus en plus la soutenabilité de toute société humaine, et notamment de celles qui ont choisi de s'orienter -grâce à leurs succès organisationnels et technologiques, vers la "massification" et sa "gestion". Ces processus -le plus souvent irréversibles- entraînent la parole -dont la conversation sociale et politique commence souvent par une liberté de métaphores hardies, à se déformer dans les métonymies (basées sur la comparaison et la dominance), s'abîmer dans la catachrèse (interdits de penser) et se figer enfin dans l'autoréférence et le paradoxe. Cette "destinée" de la parole dans tous les cycles historiques rend compte de la vérité de la remarque de Valéry : "nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles". Elle l'explique, et c'est d'autant plus inquiétant que nous entrons, avec la société-monde, dans la perspective d'une destinée fatale du genre humain à terme relativement bref du fait même de ses "progrès"et de la quête acharnée d'un remplacement ultime de la liberté humaine par l'algorithme. Ce livre, dernier des travaux d'une vie d'anthropologue politique au CNRS, et d'une réflexion sur l'apport de la psychanalyse aux disciplines de l'Humain, tente le plus difficile : relier précisément les difficultés de l'entrée en parole de chaque individu ainsi transformé en "Sujet" et la destinée des conversations sociétales vers leur "implosion" au stade autoréférentiel, puis leur "recommencement" éventuel dans une reprise des capacités de liberté de la parole. Cette possibilité de reprise est liée à celle d'un changement culturel global et intime dans la production des angoisses individuelles générant par accrétion les névroses collectives et leur peur de l'obligation de liberté, qui est le fondement même de toute collectivité. Sans Sujet souverainement libre de son adresse à autrui, pas de Société. Sans Société qui permet les Individus libres, pas de Sujets de la parole. Sans parole, pas d'Humanité. Les Homininés n'auront
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